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Samedi 6 février, deux épreintes de Loutre d’Europe ont été découvertes par le Groupe Mammalogique Breton dans la vallée de Gouëdic à Saint-Brieuc. Si l’on savait l’espèce présente dans le port du Légué et la vallée du Gouët entre Plérin et Saint-Brieuc, la fréquentation de ce ruisseau qui traverse tout le cœur de ville est une nouvelle plutôt inattendue et réjouissante.

Nocturne et discrète, la Loutre peut échapper très longtemps – parfois toute une vie – au regard du naturaliste ! En revanche, elle trahit sa présence par le dépôt de fèces très caractéristiques, appelées épreintes. Composées essentiellement de restes de proies non digérés et recouvertes de musc, elles forment des amas de taille et d’aspect très variables. Le caractère constant et discriminant est l’odeur : persistante, douce, non désagréable, évoquant un mélange de poisson et de miel, huile de lin ou thé selon les nez !

Épreinte de Loutre © Franck Simonnet / GMB

Les épreintes ont une fonction de marquage. Les individus ne marquent pas les limites d’un territoire défendu, mais les ressources présentes sur l’ensemble de leur territoire vital : gîtes, zones de pêche, zones de nettoyage de la fourrure… Ils signalent aux congénères que le milieu est déjà occupé et limitent ainsi les rencontres susceptibles d’engendrer des blessures et les efforts de capture dans des zones déjà exploitées. Pour repérer les postes de marquage, il faut rechercher des éléments ressortant du paysage, des promontoires préservés des crues et minimisant les dépenses énergétiques pour y accéder, en des lieux plutôt exposés pour permettre une bonne diffusion de l’odeur, sur des points de passages obligés pour les congénères : rochers au milieu d’un cours d’eau, troncs en travers d’un cours d’eau, racines d’un arbre de la berge, buttes herbeuses, méandres, confluences… Pour trouver une crotte de Loutre dans une zone occupée, il suffit donc d’observer le paysage et de penser comme une Loutre !

De nos jours, la Loutre d’Europe est présente sur l’ensemble de la région, excepté l’Ille-et-Vilaine dont elle ne fréquente que le quart sud-ouest et la frontière nord-est. Cette répartition est le fruit de la forte régression qu’a connue l’espèce, suivie d’un mouvement de recolonisation à partir des années 1980. La chasse et la dégradation des habitats ont en effet conduit l’espèce au bord de l’extinction au cours du 20e siècle en France et en Europe. L’arrêt du piégeage et, dans une moindre mesure, l’amélioration de la qualité des habitats ont permis le retour progressif de l’espèce dans certaines régions. En Bretagne, la recolonisation s’est effectuée à partir d’un noyau principal dans le Centre-Ouest et d’un noyau secondaire entre le Golfe du Morbihan et la Brière. De par ses caractéristiques biologiques et démographiques, la Loutre reste une espèce vulnérable. Encore absente de certaines régions françaises, elle bénéficie d’un Plan national d’actions. La principale menace d’origine humaine est désormais le trafic routier.

Dans son aire de présence, la Loutre fréquente l’ensemble du réseau hydrographique, des sources au littoral, les petits comme les gros chevelus. La Loutre creuse très rarement et profite des cavités naturelles ou ménagées par d’autres espèces (Blaireau, Ragondin) pour y établir ses gites, appelés catiches. Elle peut ainsi trouver refuge sous un pont ou un arbre, dans un terrier, des chaos rocheux, des ronciers, des roselières, etc… Elle doit disposer d’une diversité de gites suffisante au sein de son domaine vital pour pallier aux variations du niveau d’eau et du climat et accomplir son cycle de vie. Les catiches servant pour la mise bas et l’élevage des jeunes se doivent par exemple d’être mieux dissimulées que les gites occupés lors des repos diurnes et nocturnes.

Construction d’une catiche © VivArmor Nature

En Bretagne, la Loutre est signalée dans plusieurs grandes villes, comme Lannion, Quimper ou Vannes, où elle ne se contente pas de transiter mais y trouve gîtes et nourriture. Cette observation au cœur de la ville de Saint-Brieuc est donc une très bonne nouvelle et la preuve que nos centres urbains peuvent jouer un rôle d’accueil des espèces sauvages. En 2015, dans le cadre de l’Atlas de Biodiversité Communale de Saint-Brieuc, la commune a créé avec le Groupe Mammalogique Breton un Havre de Paix pour la Loutre sur des parcelles bordant le Gouët au Bois Boissel. Pour pallier la rareté des abris naturels dans cette zone, deux catiches artificielles ont été aménagées par des bénévoles et salariés de VivArmor Nature et du Groupe Mammalogique Breton et un technicien de la ville. Avec deux pièces à vivre, une entrée côté eau et une entrée côté jardin, une décoration feuillue, ces deux gîtes sur mesure l’ont peut-être encouragé à s’aventurer davantage dans la ville !

 

La diffusion des actualités du Réseau des naturalistes costarmoricains est soutenue par la Région Bretagne et le dispositif du Service Civique (Ministère de l’Éducation Nationale).

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