Un bivalve discret et menacé
De la famille des pinnidés, Atrina fragilis est appelée suivant les régions « Nacre d’Atlantique » ou « Jambonneau de mer ». Elle est la cousine Atlantique de Pinna nobilis, la Grande Nacre de Méditerranée, aujourd’hui protégée.
C’est un mollusque bivalve, de forme similaire à une moule, pouvant mesurer jusqu’à 50 cm de haut. Elle vit dans les fonds meubles depuis le bas de l’estran (grands coefficients de marée) jusqu’à 600 m de profondeur. La pointe est profondément enfouie dans le sédiment ne laissant apparaître très souvent que le quart supérieur de la coquille de l’animal.
Pour se fixer, elle se colle aux grains de sable, coquilles ou cailloux, grâce à un byssus (ensemble de filaments sécrétés par les bivalves leur permettant de se fixer au substrat) très fourni, composés de fins filaments. S’il y a peu de supports solides disponibles, elle utilise son pied qui s’enfonce profondément dans le sédiment. Son habitat préférentiel est l’herbier de zostères. Ses coquilles, de forme triangulaire, sont de couleur brun clair à foncé aux bords extérieurs légèrement arrondis. Elles sont très fragiles et souvent marquées de fines écailles, les stries de croissance sont concentriques et bien marquées. L’intérieur est nacré, et les empreintes des muscles adducteurs sont bien visibles.
Atrina fragilis est une espèce planctotrophe (qui se nourrit de plancton) pouvant vivre entre 10 et 20 ans. Sa présence est connue depuis les côtes du Portugal à l’Écosse, où ses populations se sont effondrées au cours des dernières décennies. Cette espèce était connue pour être grégaire, mais les données actuelles évoquent le plus souvent des individus isolés ou de tout petits groupes. Désormais en danger, l’animal fait l’objet de mesures de protection sur les côtes britanniques où elle est parfois déplacée afin
d’assurer sa survie.
Un projet régional sur 2 ans
Sur les côtes françaises, son écologie et sa répartition sont pour le moment mal connues, c’est pourquoi Bretagne Vivante, l’Ifremer et l’Institut Universitaire Européen de la Mer ont monté un projet pour améliorer la connaissance sur l’espèce et son écologie. Ce projet financé par le Fonds vert sera mené sur deux ans (2025 – 2026) et aura pour objectif de :
- Déterminer la distribution d’Atrina fragilis, passée (écologie historique) et actuelle (occurrences récentes),
- Déterminer la connectivité entre populations côtières et du large grâce à l’analyse de prélèvements ADN.
Pour se faire, il s’agit dans un premier temps de réaliser un état de l’art des connaissances de l’espèce sur les côtes Manche Atlantique françaises. Cette première approche permettra de préciser les distributions anciennes et actuelles d’Atrina fragilis, ce qui permettra de définir le ou les habitats préférentiels de l’espèce et ainsi de réaliser une cartographie permettant de cibler les potentielles zones à enjeux. Les campagnes de prospection se feront à pied et en plongée de la baie de Morlaix au Mor Braz. En parallèle de la prospection, une étude génétique permettra de clarifier l’identité spécifique des populations de l’Atlantique et de Méditerranée. Un volet génétique basé sur l’étude des connectivités permettra quand à lui d’établir, l’existence ou l’absence, de flux génétiques entre les populations intertidales et les populations du plateau continental en Atlantique. Ces éléments nous renseigneront sur la viabilité des populations à moyen et long terme.
Contribuer
Pour signaler vos observations récentes (avec point GPS, photos, date et heure de l’observation), c’est par ici : https://forms.ifremer.fr/atrina/signalement-atrina-fragilis/
Pour signaler vos observations anciennes, vous pouvez soit contacter Bretagne Vivante (virginie.antoine@bretagne-vivante.org) soit le faire en ligne en suivant ce lien : https://urlr.me/BaCr2N
Si l’animal est vivant, merci de le laisser en place et de ne pas le manipuler.
Vous pouvez également aider en diffusant l’affiche de l’appel à signalements > télécharger le PDF.
Cet appel à contributions est relayé dans le cadre de l’Observatoire de la biodiversité des estrans bretons, soutenu par l’État, la Région et le fonds de dotation La Poule Rousse.
